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Du signalement à l'estimation :
les étapes du processus d'observation

Un signalement de mortalité routière dans la plateforme Faune France résulte d'une chaîne d'événements. Cinq étapes séparent la collision de l'enregistrement de la donnée, il est donc possible d'estimer le nombre réel de collisions en les corrigeant systématiquement.

Collision
Observation
1L'animal meurt sur la route
2Persistance de la carcasse
3Passage d'un observateur
4Détection de la carcasse
5Décision de signaler
Non pris en compte
Pris en compte
1
Non pris en compte

L'animal meurt sur la route

Les collisions où l'animal s'éloigne après l'impact, reste dans la carrosserie ou est projeté hors de la chaussée ne peuvent être quantifiées par manque d'information disponibles. La méthode de correction sous-estime donc probablement le nombre réel de collisions en n'estimant que le nombre de collisions où l'animal mort est présent sur la chaussée.

lire Román, J. et al. (2024) pour les premières estimations de ce biais
2
Pris en compte

Persistance de la carcasse

L'animal disparaît de la route en 1–15 jours selon l'espèce, sous l'action de charognards, des véhicules ou même de passants qui déplacent les carcasses.

Transportation Research Part D (2024)
bioRxiv
3
Pris en compte

Passage d'un participant de Faune France

Fréquence prédite par un algorithme de machine learning entrainé sur les déplacement réels d'un échantillon de participants, ainsi que sur les statistiques nationales d'utilisation des routes.

en rédaction
4
Pris en compte

Détection de la carcasse

Le taux de détection varie selon la taille de l'animal. Des expériences avec les contributeurs Faune France ont quantifié la détectabilité depuis un véhicule en mouvement, et la proportion de signalement effectivement détectés depuis une voiture a été estimé par sondage auprès des participants.

bioRxiv
5
Pris en compte

Décision de signaler

Principale source d'incertitude, à la fois très difficile à mesurer et très variable d'un participant à l'autre ainsi que d'une espèce à l'autre. Le taux de signalement médian est estimé à environ un animal détecté sur deux. Le modèle de correction considère que ce taux de signalement est égal à 100% lorsque qu'il s'agit d'une espèce charismatique (Lynx, Loup, ...).

HAL, chapitre 4

À quoi servent
ces estimations ?

Pour une partie des espèces sauvages, les signalements de Faune France, et des autres plateformes de sciences participatives, sont la seule fenêtre disponible sur la mortalité routière à l'échelle nationale. Sans ces données citoyennes imparfaites, nous n'aurions aucune information sur les collisions pour les espèces les moins fréquentes et pour une grande partie du réseau routier.

Mais estimer précisément combien d'animaux meurent sur les routes reste l'un des défis les plus difficiles de l'écologie quantitative, et nous le faisons ici à partir de la source de données la moins standardisée qui soit. Les corrections présentées ici compensent les biais mesurables, mais certains mécanismes nous échappent encore : l'influence de la vitesse du véhicule sur la détection d'une carcasse, les habitudes de signalement propres à chaque participant, ou encore les cas où l'animal ne finit tout simplement pas sur la chaussée... Ces incertitudes s'accumulent à chaque étape et produisent des fourchettes d'estimation parfois très larges.

Des ordres de grandeur pour faire avancer la connaissance.

Ces estimations rendent visible une mortalité qui ne l'était pas : celle des espèces discrètes, difficiles à repérer sur la chaussée, et donc souvent éclipsées dans les statistiques sur les collisions avec la grande faune comme les chevreuils ou les sangliers. Elles permettent aussi d'identifier des espèces pour lesquelles la mortalité est alarmante, et pour lesquelles des campagnes de comptage ainsi que des mesures de protection sont nécessaires.