Les routes ne sont pas que des infrastructures. Elles ont de nombreux impacts sur l'environnement, transforment les paysages et tuent des millions d'animaux chaque année.
Avec plus de 21 millions de kilomètres dans le monde, dont environ un million en France, les routes occupent 2 % du territoire national et ce réseau continue de croître. Leurs effets sur les espèces sauvages vont bien au-delà de leur emprise physique : destruction d'habitats, fragmentation des paysages, bruit des véhicules, pollution lumineuse, métaux lourds et ruissellements contaminés vers les cours d'eau...
L'écologue Richard Forman qualifie les réseaux routiers de géants endormis des sciences de l'environnement.
Forman & Alexander (1998) · Spellerberg (1998) · Meijer et al. (2018)Les routes européennes tueraient chaque année environ 29 millions d'oiseaux et 192 millions de mammifères, bien que ces chiffres ne prennent pas en compte l'intégralité des espèces. Des estimations existent pour d'autres régions du monde (Brésil, États-Unis, Canada) mais aucune n'a encore été produite à l'échelle de la France.
Ces chiffres globaux cachent des réalités très diverses : certaines espèces perdent moins de 1 % de leur population sur les routes, d'autres plus de 10 %. La mortalité est souvent sélective. Pour de nombreuses espèces, les collisions touchent davantage les jeunes individus ou encore ceux en dispersion, ce qui peut perturber la structure démographique d'une espèce même quand le nombre total de victimes semble faible.
Grilo et al. (2020) (Europe) · González-Suárez et al. (2018) (Brésil) · Loss et al. (2014) (États-Unis) · Bishop and Brogan (2013) (Canada) · Moore et al. (2023)Les collisions ne sont pas aléatoires. Elles se concentrent en points noirs spatiaux (zone de présence et corridors de déplacement de la faune) et suivent des pics temporels : migrations printanières des amphibiens, rut automnal des cervidés, activité nocturne ou crépusculaire de la plupart des mammifères...
Ce qui rend leur prédiction difficile, c'est que ces facteurs spatiaux et temporels n'agissent pas isolément mais interagissent avec les traits biologiques propres à chaque espèce : densité de population, vitesse de déplacement, mouvements, comportement face aux véhicules... C'est la combinaison de ces trois dimensions (espace, temps, biologie) qui détermine le risque de collision, et cette interdépendance explique pourquoi les résultats d'une étude ne se reproduisent pas toujours dans les autres contextes.
Pagany (2020) · Grilo et al. (2020) · Gunson et al. (2011)La solution la plus efficace reste la combinaison de passages à faune (tunnels, batracoducs, ponts verts, ...) et de clôtures de guidage qui dirigent les animaux vers ces structures. Une méta-analyse récente montre des réductions de mortalité pouvant atteindre 83 %, à condition que ces ouvrages soient placés aux bons endroits. La réduction des vitesses en zones sensibles a montré des résultats concluants dans plusieurs études.
En dehors de ces interventions directes, les résultats sont plus décevants : la plupart des répulsifs chimiques, réflecteurs et panneaux de signalisation peinent à démontrer une efficacité reproductible. Des nouvelles approches sont à l'étude, comme l'effarouchement acoustique, l'enrichessement des passages souterrains pour inciter les amphibiens à les emprunter, ou des systèmes de détection de la présence de la grande faune sur les routes.
Rytwinski et al. (2016) · Denneboom et al. (2021) · Glista et al. (2009) · Testud et al. (2020) · Druta and Alden. (2020)